Limba Română
            Revistă de ştiinţă şi cultură Apare la Chisinău din 1991

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Plaidoirie pour la francophonie

Axel MAUGEY

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Axel MAUGEY
Revista Limba Română
Nr. 11-12, anul XII, 2002

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Curieusement, malgré ses avancées importantes, l’anglo-américain n’est pas devenu l’idiome généralisé car apprécié du monde global. C’est que l’anglo-américain, univers tourné vers l’argent, soucieux d’efficacité, de rapidité et trop souvent de court terme, s’affirme beaucoup plus comme “système de communication” qu’un «banquet» où seraient conviés les esprits.
 
En fait, la nature ayant horreur du vide aussi minime soit-il, l’anglo-américain, par son dynamisme et la force économique des sociétés où il est parlé, a pris la place du français fort affaibli à la suite des deux guerres mondiales et qui est devenu dans l’ensemble beaucoup moins réactif.
 
Depuis cinquante ans, convenons que la pensée française est parfois – pas toujours – réductionniste car un peu trop bridée par le carcan de l’état et parfois mal soutenue par une francophonie méconnue et par des élites encore trop hexagonales. Mais, rien n’est perdu si tous ceux qui ont enfin compris les dangers réels qu’il y aurait de se fondre dans un «américain global» décident de réagir et de se tourner avec dynamisme vers un meilleur dialogue des cultures, source bondissante de la diversité.
 
Il serait en effet grand temps de multiplier les échanges entre la France et les francophones, avec notamment l’Afrique, le Québec, l’Europe et tant d’autres lieux du monde qui redoutent un tête-à-tête avec l’Amérique. Le français n’est absolument pas une languen perte de vitesse comme d’aucuns voudraient nous le faire croire. Certainement pas, si l’on considère que près de 40 pays l’ont aujourd’hui comme première langue. Compte tenu de cette réalité, il faut donc donner un nouvel élan à la coopération et à la solidarité Nord-Sud, y compris à l’intérieur de l’Union européenne.
Il faut également préciser que dans le domaine culturel, le français hors de l’hexagone progresse comme jamais. Venus du monde entier, les écrivains francophiles sont légions. Ils se nommment Salah Stétié, Amin Maalouf, Albert Memmi, Gaston Miron, Hector Biancotti, François Cheng, Édouard Glissant, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Émile Cioran, Eugène Ionesco et des centaines d’autres encore que je vous invite à découvrir dans les livres d’André Brincourt1, de Robert Jouanny2 et de Jacques Chevrier3.
 
Il est clair que nous n’utilisons pour l’instant qu’un faible pourcentage des possibilités du français et des «francophonies».
 
Par exemple, en Europe, notre terrain pourtant naturel, nous régressons dans certains pays parce que le parti anglo-américain a probablement réussi soit à acheter certains responsables, soit à démoraliser une partie de ceux qui croyaient à l’avenir du français.
 
Malgré certains égarements survenus au cours de l’histoire mouvementée et une période coloniale souvent plus que discutable, les Français n’en sont pas moins perçus comme des bâtisseurs dans le monde; nos amis américains le pensent d’ailleurs puisqu’ils viennent de conférer la nationalité américaine à titre posthume au général La Fayette. Ils en auront mis du temps, eux qui sont en général toujours pressés.
 
Il mapparait que le moment est venu de remettre à plat tout le dossier France-Francophonie, France-Europe francophonie. Nul doute que l’avenir du français passe par une meilleure assise et le développement des autres langues.
 
Si le français progresse dans le monde et même dans certains pays européens (en Angleterre, en Irlande, en Finlande), c’est parce que de nombreux auteurs ne cessent de distiller de l’espérance, ce que le sociologue Edgar Morin4 considère comme une vertu rare dans nos sociétés modernes. Et Maurice Druon de rappeler dans un de ses excellents articles du Figaro: «devons-nous tenir pour rien que 65% des collegiens britanniques, ce qui n’est jamais dit par les détracteurs du français, choisissent le français comme
première langue étrangère?».
 
On sait qu’un Albert Camus a permis à de nombreux Argentins5 de tenir moralement devant les exactions des extrémismes de tous bords; qui sait qu’en Colombie, un Haïtien, Nick Israël, se bat comme un lion pour faire aimer entre autres Jean de la Fontaine? Qui sait qu’à Hanoi la France met à la disposition de l’état vietnamien ses urbanistes et ses archives pour permettre la renaissance de la capitale vietnamienne? Qui sait qu’à Edmonton, au Canada, la faculté francophone de Saint-Jean reçoit chaque année cinq cents étudiants désireux de poursuivre leurs études dans la langue de Molière?
 
Hors des frontières du Québec, qui sait en France ou ailleurs qu’un million de francophones se battent jour après jour pour conserver le français de leurs ancêtres?
 
De même, en Malaisie, au nord de Kuala Lumpur, les amoureux de la France ont recréé une Colmar tropicale et, le 14 juillet, la «Marseillaise» y retentit. Et, en Chine, 3.000 de nos compatriotes n’ont pas peur de se retrousser les manches6.
 
Il faut aussi savoir que l’année dernière une opération de mécénat international, grâce à la B.N.P.-Paribas, a permis qu’une conférence sur le célèbre Beaumarchais soit donnée à Singapour. Une des multiples actions d’une grande banque française qu’il est important de souligner.
 
Cette passion mondiale pour le français s’exprime également en Bulgarie où le professeur Anna Krasteva a choisi d’instruire les élites en sciences politiques et sociales directement en français.
 
Qui sait que l’Égypte s’est dotée récemment d’une université française grâce à une souscription dans les milieux francophones qui a permis de récolter un million d’euros? Fort intéressés par cette université, les milieux d’affaires égyptiens ont à leur tour offert un million d’euros?
 
Du côté du Nigeria, pays Anglophone le plus peoplé d’Afrique, une autre bonne nouvelle est à signaler puisque ce pays a décidé d’adopter le français comme deuxième langue.
 
Beaucoup de nos compatriotes ne savent pas non plus qu’en Roumanie, à Bucarest, dans le «petit Paris» de Paul Morand, de nombreux
ministres sont francophiles. Que peut-on dire des relations France Roumanie en 2002?
 
Un peu plus loin sur la carte, en Estonie, grâce à trois jeunes Congolais, le français se développe en terre russophone. Autre nouvelle qui peut réjouir tous les amis de la France et de la Francophonie: en Russie, un comité sibérien pour le français, langue européenne, vient d’être créé.
 
Et puis, tout à côté de la douce France, à Bari, dans cette Italie si chère aux Français et aux Roumains pour ne citer qu’eux, le professeur Giovanni Dotoli7, poète francophile de talent, fait aimer notre civilisation à des milliers d’étudiants chaque année. En 2001, lors d’un colloque qui s’est tenu dans cette ville fort accueillante, j’ai rencontré une femme, une Serbe, professeur à la faculté de philosophie de Belgrade. Cette dernière m’a raconté que, juste après “les bombardements alliés” sur Belgrade, accompagnée de quelques-uns de ses collègues et de plusieurs étudiants, elle a réussi à empêcher la foule qui lançait des cailloux contre la façade du centre culturel français de brûler les 10.000 livres de la bibliothèque. Alors que répondre de plus à tous ceux qui se moquent des amoureux du français, aux indifférents, aux cyniques, à ceux qui se vendent pour un plat de lentille et aux défaitistes de tous bords. J’ai envie de leur dire que ce sont des poltrons.
 
Bref, dans le monde, le français ne régresse absolument pas. Pour ne prendre qu’un dernier exemple, celui de la Syrie, il ne cherche qu’à se developper. Mais seuls les moyens manquent, disent certains. Je leur résponds que c’est surtout la volonté politique qui manque.
 
Pour nous, Français, francophones et francophiles le 18e siècle, fort de ses nombreuses réalisations, nous propose un art de vivre incomparable par bien des aspects. Allons-nous le rejeter au profit d’un “américain global” peu soucieux, en général, de l’univers des nuances? En agissant ainsi, nous perdrions une bonne partie de notre héritage. Au fond, notre chance, notre avenir, consiste à pouvoir continuer à puiser avidement dans cet héritage, tout en profitant de l’étonnante modernité américaine, mais à la seule condition de ne point nous couper des autres cultures du monde, expressions vitales de l’universalité, et de ne point céder aux sirènes des technologies toutes puissantes.
 
Il appparaît clair que la communication de masse est au service du monde commerçant, qu’il ne s’agit absolument pas de rejeter, mais de relativiser et de contrôler un minimum.
 
En vérité, on s’aperçoit, ici et là, qu’en dépit de son déclin très relatif, plus psychologique que réel, le français continue de fasciner une élite mondiale qui a nettement augmenté depuis le 18e siècle.
 
“Loin en effet des canaux de la Francophonie institutionnalisée et des écoles Berlitz”, l’on retrouve ou l’on découvre dans de nombreux pays des artistes de la conversation en français. Il faudrait peut-être examiner de plus près cette piste surprenante. L’on y découvrirait en effet des êtres de qualité, influents et discrets qui deviennent volontiers vos amis, vos confidents et vos correspondants.
 
Alors, question majeure: quelle langue au 21e siècle offrira un idiome civilisé au monde global? Je m’interroge.
 
Sur cette terre bizarrement mondialisée, déchirée et peuplée d’énormes d’égoïsmes, il semble que l’esprit ne soit pas toujours du côté du plus fort. Il existe même une langue des langues – écoutez Racine écoutez Ovidius, écoutez Shakespeare, écoutez Cervantes, écoutez Dante – révélatrice de civilisations incomparables qui refusent de mourir parce qu’elles possèdent de trésors qui, sans elles, disparaîtraient en entraînant des arts de vivre, de modèles d’espérance. Nul doute que ses disparitions priveraient la planète d’oxygène en entraînant avec elle de nombreuses valeurs.
 
Il reste aux Français, aux francophones, aux francophiles, aux Roumains que nous sommes de convaincre tous nos amis et, bien sûr, les non-francophones, qu’abandonner les richesses culturelles, comme cela se pratique trop depuis cinquante ans au profit exclusif du monde „des finances et de l’économie”, s’avère une erreur dangereuse que nous payons déjà très cher, trop cher.
 
À cause de notre héritage commun si précieux, refusons tous ensemble l’univers médiocre vers lequel les partisans de l’uniformisation veulent nous entraîner.
 
Quant aux hésitants et tous ceux qui lorgnent exclusivement vers l’Amérique, ils finiront par comprendre ce qu’ils risquent de perdre en se coupant des mille et une réalités de ce monde. Il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. Soyons realistes.
 
Notre cher disparu, Léopold Sédar Senghor, était persuadé que „dans la civilisation de l’universel, la langue française était tout à la fois précurseur et vigie”. Ne le détrompons surtout pas. Et paix à son âme de grand poète.
 
Laissons l’excès de virtuel à ceux qui ont perdu le goût des saveurs humaines et disons avec Emmanuel Berl: „La France réelle est l’universel”.
 
Avec Maurice Druon et tous les militants du français du Multilinguisme et du dialogue des cultures; renversons à présent la vapeur et plaquons nos paumes sur les tables de conférence en disant: „Nous voulons notre langue; nous voulons parler la langue des autres, y compris l’anglais, mais pas seulement l’anglais; c’est cela qui pourrait s’appeler la volonté politique”.
 
Français, réveillez-vous (en écrivant cela, je pense au Georges Bernanos de Français, si vous saviez), Francophones et francophiles ayez confiance dans la France, celle, bien sûr, du banquet des esprits. Elle est en train de se ressaisir8.
 
Note:
1 André Brincourt, Langue française, terre d’accueil, Éditions du Rocher, 1997.
2 Robert Jouanny, Singularités francophones, P.U.F. 2000.
3 Jacques Chevrier, La littérature nègre, Armand Colin, 1999.
4 Edgar Morin, Les sept saviors nécessaires à l’éducation du futur, Le Seuil, 1999.
5 Axel Maugey, Les élites argentines et la France, L’Harmattan, 1999.
6 Axel Maugey, Un patron français en Chine, Lettres du Monde, 2001.
7 Giovanni Dotoli, Paris poème, collages de François Chapuis, Paris, Didier, 2000.
8 Axel Maugey, L’avenir du français dans le monde, Montréal, Humanitas, 2002.
 
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